
(English version coming soon.)
Le
jazz est apparu dans ma vie il y a quelques années et il est
rapidement devenu une référence pour moi en matière
d’expression et de vision. Les musiciens qui ont construit cette
forme d’expression ont condensé tous les paradoxes du temps
dans quelques minutes de rythme et de sonorités. Ils ont exprimé
des siècles d’inquiétudes et d’incertitude
dans un monde d’improvisation et de structure, le tout basé
sur le temps.
Depuis
lors, le temps pour moi est musique, le temps est jazz. Avec l’apparition
du jazz dans mon univers, tout s’est effondré pour se restructurer
autour de la syncope et du contretemps. Tout s’est réorganisé
autour d’une structure de laquelle on déroge. Ceci a eu
un effet notable sur ma façon de créer. Depuis que le
jazz me trotte dans la tête, une
rythmique s’impose dans mon travail.
En
verre soufflé, ceci se traduit par un mélange de continu,
d’espaces vides et d’espaces occupés; de trous, de
lignes et de couleur pleine. Le tout sur une structure régulière,
formelle, forte. Il s’agit pour moi de créer tout d’abord
un univers rythmique fort et complexe, duquel ressortiront certains
éléments. Un effet de surprise, une dérogation
à la règle, un ensemble d’éléments
mélodiques qui se heurtent à la forme première
de la pièce tout en la rehaussant à un niveau de loin
supérieur.
Mais
le verre soufflé est aussi pour moi l’exutoire. C’est
la passion et la chaleur, l’effort et la pression qui me font
sortir du quotidien, qui me centrent sur moi-même, sur la création
et sur une vision plus métaphysique de la réalité.
Cette tension entre moi et le verre, entre le microcosme de l’atelier
et le monde réel, cette danse dans laquelle le verre m’entraîne
est pour moi un passage obligé vers une œuvre qui aura toute
sa valeur. La docilité devient l’ennemi de la création
et le contrôle banalise le résultat en tuant toute possibilité
d’impromptu et de spontanéité. Chaque pièce
doit être le résultat d’une lutte symbiotique, un
dosage juste entre la préméditation et la surprise.